Jeux d’hier et consoles d’aujourd’hui

La notion de jeux est inévitablement liée à celle de plaisir. Et le plaisir, ça se partage. En famille, entre amis. Pour optimiser ces moments de complicité, rien ne vaut la simplicité. Forts de ce constat, de nombreux acteurs du monde vidéoludique n’hésitent pas à remettre au goût du jour un large éventail de jeux d’hier.

À l’aube des consoles de jeux, les contraintes techniques restreignaient les possibilités qu’offraient les jeux vidéo. Le gameplay était souvent réduit à sa plus simple expression, limitant les actions possibles des joueurs qui, loin de se décourager, devaient souvent redoubler d’effort et d’astuce pour venir à bout d’une difficulté souvent accrue. Décors minimalistes, palettes de couleurs réduites et graphismes autant simplistes qu’empreints d’une identité visuelle forte, les jeux vidéo des générations antérieures (des premiers Atari aux consoles 16 bits) relevaient plus de l’artisanat qu’actuellement.

galagaLa nostalgie aidant, des compilations regroupant ces petits jeux qui, sur consoles ou bornes d’arcade, ont occupé des générations entières d’enfants, grands et petits, font leur apparition. Des éditeurs comme Namco (Pac-man,  Galaga ,…), Midway (Rampage, Mortal Kombat,…), Capcom (Megaman, Street fighter,…) ou encore Sega (qui, rappelez-vous, a développé des consoles pendant près de 15 ans) ont ressorti de leurs armoires leurs catalogues d’ancêtres vidéoludiques avec un succès certain.

Les géants Sony, Microsoft et Nintendo proposent également sur leur plateforme de téléchargement respective ces jeux d’une autre ère. Cette initiative, bien que commerciale – ne nous leurrons pas –, a le mérite de rappeler au bon souvenir des jeunes générations que les jeux vidéos aussi ont une histoire tout en replongeant leurs parents dans une nostalgie cotonneuse bercée au son des bruitages 8 bits.

angry-birdsL’apparition des applications vidéoludiques sur Smartphones et tablettes, supports a priori peu adaptés à des gameplays complexes, a fait ressurgir du passé ces concepts simples, mais non moins addictifs. Ainsi l’application Angry Birds (et ses versions ultérieures) s’est vendue à près de 650 millions d’exemplaires de par le monde. Ce succès a même poussé les développeurs à adapter la série sur les consoles de salon… Cet exemple de jeu accessible et simpliste n’est pas sans rappeler le succès étonnant qu’a connu la Game Boy en son temps avec son célèbre Tetris.

En marge des grosses pointures qui visent souvent à mettre à profit les performances considérables des machines qui les font tourner, l’évolution des jeux « tous publics » peut se percevoir comme un cercle concentrique puisant d’hier le renouveau ludique d’aujourd’hui.

Scribblenauts

Le petit Maxwell a un carnet magique, il est capable de faire apparaître des objets juste en écrivant leurs noms dessus. Ce jeune garçon compte utiliser son calepin peu ordinaire pour collecter des étoiles cachées dans chaque niveau du jeu. Quelques exemples des défis : faire tomber des bouteilles sans les toucher directement (faire apparaître un ventilateur) ; traverser un lac infesté de piranhas (y introduire un requin) ; donner à un pompier un outil qu’il utilise… Son dictionnaire de mots ne compte pas moins de 10.000 mots allant des plus farfelus (la mort, Dieu, Abraham Lincoln) aux plus classiques (une pierre, un mur, du feu). Plus la manière de résoudre l’énigme est originale et non violente, plus Maxwell engrangera de points. De par son concept novateur, imaginatif et créatif, Scribblenauts est une des très bonnes surprises de 2009 qui vise un large public.

Scribllenauts – DS

(Warner, 2009)

SX8236

Dès 12 ans

L’homme et les machines

Depuis qu’ils existent, les jeux vidéo symbolisent parfaitement l’interaction entre les hommes (ceux qui les créent et ceux qui y jouent) et les machines (celles qui participent à leur élaboration et celles qui les font « vivre »). Et si la créativité humaine dans ce domaine n’a jamais été aussi grande, la puissance des processeurs qui donnent vie à ce qui n’est à la base qu’abstraction tend hélas ! à prendre le pas sur l’originalité et la dimension « artisanale » qui ont fait naître tant d’émois chez les joueurs les moins jeunes.

Mais comme souvent, en marge des généralisations aux douces senteurs du « c’était mieux avant », d’irréductibles trouble-fête préfèrent emprunter les chemins de traverse et privilégier le plaisir ludique à l’emballage technique. Sorti il y a peu sur PC, Machinarium se veut un retour aux sources assez déconcertant. Il s’agit d’un point & click, digne héritier de titres comme Isle of Monkey Island ou Day of the Tentacle (deux franchises phares des années nonante) où le joueur doit résoudre bon nombre d’énigmes (du simple puzzle à l’assemblage de machines plus complexes) afin de continuer sa progression. Nous voici donc aux commandes d’un petit robot arpentant des rues de métal et d’acier pou y déjouer un infâme complot visant à détruire la cité. Si la difficulté des énigmes est suffi sante à occuper les neurones et la dextérité des joueurs les plus chevronnés pendant de longues minutes, le ton et le design du jeu se veulent volontairement plus légers voire enfantins. Les personnages et les décors ont été entièrement dessinés à la main pour un résultat fort proche de certaines bandes dessinées (pour ceux qui connaissent la série Monsieur Mardi-Gras des Cendres entre autres). Mais loin de se réfugier sous ses indéniables qualités graphiques, Machinarium révèle à travers son univers façon patchwork robotique des charmes particuliers. Entièrement réalisé en flash – ce qui, en plus de le rendre très léger, accentue son côté artisanal –, il bénéficie d’une bande-son électro minimaliste particulièrement bien adaptée au concept global du jeu.



Pour ce qui est du concept vidéoludique, nul doute que les gens de chez Media Molecule font partie des donneurs de leçons que l’on voudrait plus nombreux. Car si Littlebigplanet deuxième du nom se veut quant à lui beaucoup moins « bricolé » techniquement, son principal intérêt réside dans le statut accordé aux joueurs. En effet, à l’instar du précédent opus, ce titre puise sa force dans son mode création qui offre aux joueurs la possibilité de créer leurs propres tableaux. Véritable caverne d’Ali Baba, on y trouve une multitude d’objets et autres mécanismes combinables à l’infini qui s’accumulent au fur et à mesure que l’on avance dans le traditionnel mode histoire (où il vous sera toujours possible de personnaliser votre Sackboy au gré de votre douce folie). Encore plus étoffé que son prédécesseur, il allie simplicité et efficacité. Mais bien qu’accessible à tous, il faudra cependant passer de nombreuses heures à combiner, assembler, démonter et tout recommencer afin de proposer quelque chose de probant. Une fois les chefs d’oeuvre au point, il sera toujours possible de les échanger via le réseau Playstation Network afin d’en faire profiter les joueurs du monde entier. Ceux-ci deviennent dès lors un maillon essentiel du jeu, véritable work in progress vampirisant sans état d’âme la fantaisie de ceux qui le pratiquent pour assurer sa subsistance. Un pari qui semble réussi puisque la communauté compte à ce jour plus de deux millions de tableaux jouables !

Même si ces deux petites perles d’inventivité font preuve d’un réel sens graphique (et sonore), les concepteurs ont préféré exploiter l’interaction entre joueurs et créateurs (voire entre l’homme et la machine) afin d’offrir deux jeux où le gamer trouve sa place. Dépassant la logique commerciale simpliste qui tend à viser un public le plus large possible, les créateurs ont privilégié le développement de la dynamique homme-machine (ludique d’une part et plus « technique » de l’autre) pour dépasser les a priori qui les guettent et recentrer le débat sur la nécessité première : le plaisir du jeu.

  • Littlebigplanet 2 – PS3 (Media Molecule, 2011). SZ1761 (dès 6 ans)
  • Machinarium – PC/MAC (Mamba games, 2010). SY2344 (dès 6 ans)

Angry Birds Trilogy

À l’origine destiné aux smartphones et tablettes, Angry Birds se voit enfin adapté aux consoles de jeux dans une version comprenant le jeu original et deux extensions (Seasons et Rio). Destiné à un très large public, ce jeu au concept très simple (il s’agit de dégommer des petits cochons au moyen d’un « lance-oiseaux ») a réussi à conquérir un éventail varié de joueurs de par son prix très attractif, sa prise en main aisée et son univers coloré et loufoque. D’apparence simpliste, il faudra cependant rivaliser d’ingéniosité pour venir à bout de certains niveaux particulièrement retors. Cette édition HD prend en charge les systèmes de reconnaissance de mouvements Kinect (Xbox 360) et Playstation Move (PS3).

Angry Birds Trilogy (PS3 / Xbox 360 / 3DS)

(Big Ben, 2012)

SW3017

Dès 6 ans 

Je me console en famille

Consciente du potentiel de ses dernières innovations technologiques, l’industrie videoludique a su s’adapter et élargir ses cibles potentielles.

Le temps où seuls les acharnés de la manette savaient que Nintendo n’était pas un art martial semble en effet bien loin. Depuis quelques années, la firme japonaise a étendu son public cible avec sa console Wii et son concept original de détection de mouvements dans l’espace. Moins axée gamers que ses contemporaines (PS3 ou Xbox 360), elle mise clairement sur la convivialité et la simplicité pour séduire petits et grands. En visant des joueurs moins chevronnés (mais uniquement), elle entend s’adresser à tous les membres de la famille en substituant aux jeux de société traditionnels la console de salon, moderne et plus flexible. Des jeux tels que Mario Party ou Monopoly Street sont là pour démontrer le bien-fondé d’une telle démarche. Inutile d’ailleurs de parler du succès des Mario Kart ou autres Wii Sport Resort pour se convaincre que le pari était payant.

Le succès est tel que les concurrents (Sony et Microsoft) ont, eux aussi, revu leur position : les franchises Buzz, Littlebigplanet et autres sont là pour en attester. Xbox 360 et PS3 ont développé récemment de nouveaux périphériques additionnels (Kinect et Playstation move) afin de concurrencer l’aspect convivial de la Wii. Avec ces nouvelles technologies basées sur la détection de mouvements, les géants de la sphère vidéoludique redéfinissent la place du joueur au sein du jeu tout en élargissant le cercle des adeptes. Finalement tout le monde y trouve son compte.